Une analyse pertinente du budget de l’État pour 2018 (et sa comparaison aux années précédentes) explique les causes de la crise actuelle en Tunisie mieux qu’un long discours.
Nous avons regroupé les principales données concernant ce budget (tel qu’il a été présenté par le gouvernement au parlement fin 2017) dans les tableaux ci-dessous.
Les montants sont en milliards de millimes. 

2017

2016

2015

2010

2%

1%

1%

3.5%

التنمية

Croissance

6%

4.2%

5%

4.5%

الأسعار

prix

21 250

18 245

18 546

12 698

الضرائب

Impôts

10 330

8 066

7 375

1 860

الدين

Emprunts

2010

2011

2012

2013

2014

2015

2016

2017

Total

12 699

13 630

14 865

16 322

18 674

18 546

21 245

24 125

8.7%

7.3%

9.1%

9,8%

14,4%

-0,7%

11,3%

0,8%

2010

2011

2012

2013

2014

2015

2016

2017

Total

1

859

3

731

4

764

5

279

6

893

7

375

8

157

10

333

L’évolution de cinq indicateurs annonce l’ampleur de la crise : la taille du budget, la croissance, l’inflation, la pression fiscale et l’endettement.

Le volume du budget global est passé de 18 milliards de dinars en 2010 à 36 milliards en 2018: un doublement du budget de l’État dans un pays qui n’a cessé de s’appauvrir, de s’endetter et de voir sa production, son exportation, son tourisme et son emploi chuter depuis huit ans !
À quelle logique et à quelle science obéit ce comportement ?

La croissance, qui était en 2009-2010 de 4 % chute à 1 ou 2 % en 2015 -2016 -2017. Et même cette faible croissance est illusoire puisqu’elle résulte principalement de la hausse de la masse salariale dans la fonction et les services publics, alors que la production industrielle a chuté de 10 % entre 2016 et 2017.

La hausse des prix s’est accentuée pour atteindre 6 % en 2017 avec une tendance à 7 ou 8 % en 2018. La faible croissance (c’est-à-dire moins de revenu et moins d’emplois pour les gens) s’ajoute à cette inflation pour porter un coup dur au pouvoir d’achat des citoyens.

La pression fiscale (les prélèvements) sur les citoyens et les entreprises qui était de 12 milliards de dinars en 2010 est portée à 24 milliards en 2018. Un doublement de la pression fiscale sur un peuple qui s’est appauvri (baisse de revenus) et qui peine beaucoup sous l’augmentation du coût de la vie. Ce même peuple qui n’a pas pu supporter la pression de 12 milliards de prélèvements en 2010 et qui s’est révolté pour faire chuter le système qui lui infligeait ce sort, ce même peuple, aujourd’hui, après avoir été appauvri et fragilisé par le chômage et la hausse des prix,  se voit infliger le double de cette pression fiscale ! 
À quelle sagesse et à quelle conscience obéit cette gestion ?

En matière d’endettement, les gouvernements successifs, profitant de la sympathie créée par la révolution envers le peuple tunisien, ont emprunté sans retenue et sans sagesse : l’État tunisien qui a  emprunté 1.8 milliards de dinars en 2010, a emprunté 7 milliards en 2015, 8 milliards en 2016, 10 milliards en 2017 et prévoit d’emprunter 10 milliards en 2018. L’endettement du pays est ainsi porté de 38 % de la richesse nationale produite en 2010 à 72 % en 2018 ! Les services de la dette qui s’élevait à environ 3 milliards en 2010 s’élèvent à 7 milliards en 2017 et à 8 milliards en 2018.
Et presque tout cet argent a été gâché dans des frais de fonctionnement, de salaires des services publics et de compensations ou réparations de toutes sortes. Alors qu’il devait aller en priorité à l’investissement, la production, la création de richesses et d’emplois pour les jeunes. Les dépenses de gestion qui s’élevaient en 2010 à 10 milliards s’élèvent à 22 milliards en 2018. Les salaires qui s’élevaient en 2010 à moins de 7 milliards, s’élèvent à environ 15 milliards en 2018.
Et l’on s’étonne après que le pays  se trouve sous la coupe du FMI ! Quelle ignorance !

Cinq conclusions s’imposent à la lecture de ce budget :

  • la Tunisie est un pays qui vit au-dessus de ses moyens depuis huit ans !
  • La Tunisie est un pays qui ne travaille plus et ne produit plus depuis huit ans (un pays qui ne crée plus de richesses ni d’emplois) !
  • La Tunisie est un pays qui, après avoir appauvri son peuple et diminuer son pouvoir d’achat d’environ la moitié, lui double la pression fiscale et les prélèvements !
  • La Tunisie est un pays qui vit sur l’argent des autres depuis huit ans (à travers les emprunts et l’endettement) !
  • La Tunisie est ainsi un pays fragilisé, déstructuré, ouvert à la corruption et aux terroristes !

Qui peut dire que cela peut continuer ainsi ? Qui peut dire qu’un tel pays a un avenir ?

Nous devons absolument mettre un terme à ce gâchis et à cette destruction !

Les élections présidentielles et législatives de 2019 en sont l’occasion, peut-être la dernière !

Nous y reviendrons.

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